SOUVENIRS DE MARCEL

 

Il est des personnages marquant notre enfance ou notre adolescence et la trace laissée par eux est indélébile. Labbé Donne, préfet de discipline du collège de Saint-Malo, est de ceux -là. Il a imprimé chez nous tous un souvenir tellement inoubliable qu'il n'y a pas de réunions d'anciens au cours desquelles son personnage ne soit évoqué, souvent avec crainte ou terreur rétrospective. Daniel Gélin, ancien élève du début des années 30 et rencontré récemment aux « Étonnants Voyageurs» n'a cité que lui lorsque nous avons parlé du collège de Saint-Malo.

Un événement qui s'y rapporte a conditionné définitivement ma manière de frapper aux portes. A cette époque, nous devions, pour satisfaire des besoins naturels, recourir à tout un formalisme : d'abord un billet écrit était signé du surveillant d'étude, ensuite ce billet devait être contresigné par «Marcel» !

Un soir donc, pendant l'étude, pressé par les exigences d'une vessie surmenée j'obtenais ce billet et me rendis à la porte du redouté sous directeur. Je frappais une première fois, avec mes quatre doigts serrés et n'obtenant pas de réponse, je réitérais plus fermement...

Toujours sans réponse, j'insistais avec la vigueur que m'inspirait ce besoin pressant... mais en utilisant alors le poing, me révoltant à l'idée de cette absence de réponse et tout en croisant les genoux pour conjurer cette envie impérieuse « Soudain, la porte s'ouvrit et le sous-directeur surgit le visage enduit de savon à barbe, le rasoir dans la main gauche et de sa droite, je reçus une claque retentissante dont ma joue se souvient encore ! Il me demanda alors de frapper à la porte posément, de l'« index droit replié », m'incitant à la modération en me contentant de deux coups très brefs. Ainsi, pendant une heure, je dus m'entraîner et m'efforcer d'oublier cet urgent besoin...

C'est ainsi que toute mon existence j'ai continué de frapper aux portes selon cette règle et appris ce qu'était la discipline «Souvent, quand j'attends à une porte qu'on veuille bien m'ouvrir, c'est le visage de «Marcel» qui m'apparaît et il m'arrive de porter la main à ma joue, souvenir cuisant d'un apprentissage bien assimilé. De même, entrant dans une pièce aux parquets cirés, je cherche des yeux les indispensables patins que nous devions utiliser pour accéder à son bureau, où nous attendions sa décision, debout les bras croisés, en attitude de soumission et avec sur les lèvres la formule de rigueur, fortement conseillée en pareille circonstance pour obtenir une autorisation

 

«Monsieur, le sous-directeur, auriez vous l'obligeance de bien vouloir m'accorder.. etc, etc ».

Ainsi conditionné, l'enfant ou l'adolescent conserve l'empreinte d'une éducation et les bons réflexes tout au long de son existence. « Souvent, j'ai regretté que «Marcel» n'ait pu donner quelques leçons aux patients de mon cabinet médical qui écrasaient la sonnette jusqu'à ce que je surgisse.

Mais, faut-il évoquer l'abbé Donne seulement sous les traits de cet homme sévère et oublier quel professeur de chimie convaincant il fut ? Faut-il ignorer l'artiste, dessinateur-illustrateur en pyrogravure, confectionnant les publicités pour Saint-Briac ou pour le pardon des Terre-neuvas, créateur - bien avant Quai des Bulles - de personnages de bandes dessinées ? Qui connaît sa vie à Montpezat-sous-Besons où il passait l'été ? Les Ardéchois évoquent encore les hortensias bleus dégradés qu'il cultivait savamment pour le plaisir des yeux en tenant compte de l'exposition au soleil, de la direction des vents dominants, et ce, avec le même souci de perfection que celui dont il faisait preuve dans l'éducation des élèves. Je crois que les maîtres-mots qui ont régi sa vie furent rigueur, discipline, amour du beau et celui du bien, de la bienséance et de la bonne tenue, autant physique que moral «Faut-il rappeler quel courage il a montré (avec le père Pichot, pour sauver des flammes notre collège ?

Oui, c'est un personnage «Marcel» ! Une grande personnalité qui a façonné des générations d'élèves, même si quelques-uns évoquent seulement le visage de sévérité qu'il savait se composer. Peut-être que le laxisme d'aujourd'hui devrait s'inspirer de cette discipline, sans doute en l'adoucissant.

Nous aurions peut être alors des réponses à nos bonjours et certains penseront à s'effacer devant les autres, les dames ou les plus anciens.

Merci, Monsieur le sous-directeur, nous vous conservons dans nos mémoires et dans nos curs. Nous ne manquons jamais d'évoquer votre image et votre attachante personne. Nous savons que derrière cet être hautain et fier que vous paraissiez, se cachait un homme de cur, soucieux de forger l'âme et le corps des adolescents quil avait en charge déduquer et maîtrisant lart de leur inculquer les principes élémentaires de léducation civique.

Jean-Pierre Launay

Témoignage de Hervé Barbotin

Par le plus grand des hasards, je suis tombé sur le témoignage de JP Launay, témoignage qui a fait ressurgir le souvenir

du jeune adolescent particulièrement indiscipliné que j'étais en classe de 5ème ou de 3ème, je ne sais plus.

Une nouvelle fois je me retrouvais à la porte de Marcel après avoir été renvoyé du cours d'histoire (Cotcot) ou

peut-être de mathématiques (Simplet) avec comme pensum de réciter 25 vers latins à notre cher sous-directeur.

Les vers bien appris, je m'aventurais vers la porte que je frappais doucement; j'ai entendu le ferme et ténébreux

" entrez".

J'avisais les patins dont l'un des deux était un peu éloigné de mon pied droit, quelque peu crispé (il n'y a que ceux

qui ont connu cette montée de fièvre qui peuvent comprendre... ), j'avançais la jambe, le plancher devait être très bien

ciré ce jour-là, et je me retrouve les fesses par-terre confus mais surtout terrorisé dans l'attente de la réaction de

Marcel. Mais ho ! miracle, au lieu du regard noir et impénétrable , je vois sur son visage l'expression d'un large

sourire et j'entends, presque tendre et amusé " mon p'ti ressortez... "

Etait-ce une attente de ma part ou de l'inconscience mais j'ai toujours eu après ce jour-là le sentiment

qu'une certaine complicité cachée nous liait, ce qui ne m'a pas empêché de fréquenter assidûment sa porte.

Contrairement à d'autres, je garde à 62 ans un excellent souvenir de Marcel et bien qu'étant alors très jeune

je crois qu'inconsciemment, je le prenais au 2ème degré. N'oublions pas que beaucoup de professeurs se défaussaient

sur lui pour qu'il fasse le sale boulot.

Hervé Barbotin

 

 

                                                                                                       

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Dernière mise à jour :  03 mars, 2008  -  contact